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L'individuation
par le retrait des projections
Qu'est ce que l'AÏKIDO ?
Il y a à cette question autant de réponses qu'il existe
de pratiquants de cette discipline. Toute réponse univoque
serait par conséquent réductrice.
Il n'y a donc aucun intérêt à figer dans le collectif
conscient l'objet d'une quête sans cesse renouvelée.
Ce ne peut être, comme le souligne Henri Vincenot dans "les
étoiles de Compostelle", "un but mais un long chemin"
d'expérimentation, de recherche, de découverte et parfois
d'errements dans la souffrance et le doute, à l'image de la
vie elle-même.
En effet la rencontre à Soi et à l'Autre dans l'étonnement
chaque jour renaissant implique la mise à distance de toutes
les certitudes.
L'harmonisation des énergies du Soi, dans le rapport à
l'Autre et aux autres ne va pas sans fluctuations, qu'il s'agit d'écouter
et de mettre en actes chaque jour.
Aï : harmonisation, mise en phase, conjonction, équilibration,
adéquation, unification.
Ki : les énergies multiples dans leurs formes et unique en
nature.
Do : la Voie, le chemin, la quête.
Voilà bien un programme extrêmement vaste, aux horizons,
insoupçonnés même par son créateur car
émergeant de son inconscient, et tant remanié par ceux
qui l'ont reçu et le transmettent que l'on ne pourrait le résumer
aux finalités martiales et sportives où certains voudraient
bien le ranger et le réduire.
Voilà bien un outil riche en matière d'exploitation
tant au plan de la technique que de la sagesse qu'il s'agit d'en retirer,
quant à la découverte sur Soi et sur l'Autre, dans l'échange.
Une Symbolique
Le DOJO, espace sacré où l'on pratique la Voie, possède
une orientation particulière, chargée de signification.
Le KAMISA où sont exposés les portraits du fondateur
et de ses disciples; il est placé à l'Est symbolique,
le point cardinal d'où nous revient la lumière au terme
de l'obscurité. C'est cette lumière qui est saluée
au début et fin de pratique et non simplement un portrait.
Le portrait à valeur d'interface entre cet inconnu dont le
Maître fut le messager et notre dimension, cette école
où nous les vivants nous éveillons.
Son caractère NUMINEUX en rend toute formulation explicative
impossible. C'est un espace de médiation, une porte sur le
mystère même.
Le SHIMOSA, il comprend trois directions complémentaires.
Le Nord : où se trouve les débutants, ils sont la lumière
qui ne se connaît point encore dans les ténèbres;
ils ne peuvent que la réfléchir mais ne la retiennent
point et pourtant la contiennent, potentielle en eux, sans le savoir,
car inconscients. Ils sont en BLANC cerclés de BLANC. La ceinture
comme la cordelière les relie à leur initiateur. C'est
le début du chemin de l'individuation, le cordon est coupé,
mais la dépendance au Maître (celui qui transmet et non
cette figure d'inflation du Moi gouroutesque sinon grotesque dont
certains se parent du titre) comme pour le nourrisson à la
mère, est totale.
L'Ouest : où se tiennent les Kyus qui expérimentent
les couleurs, lesquelles s'assombrissent au fur et à mesure
que le sujet prend de l'assurance, absorbant de plus en plus la lumière
et l'intériorisant. La technique et l'esprit sont reçus
sur le mode analytique, relativement passivement. Toutefois des éléments
personnels résonnent et se mettent en opération aux
tréfonds de chacun, permettant une progressive autodétermination
dans la recherche .Le pratiquant est comme l'enfant franchissant stade
après stade le chemin de sa lente évolution vers l'éveil
à Soi.
Le Sud : là se tiennent les DANS, le haut vêtu de BLANC,
le bas revêtu du HAKAMA NOIR, positionnant les deux triangles
qui s'interpénètrent. Ils expérimentent le côté
obscur, ténèbres dans la lumière, cet inconnu
d'eux mêmes qui jusqu'à lors était projeté
sur autrui et non intégré. Ils représentent les
contraires, à confronter et conjuguer en Soi et avec les autres.
Chacun contient en lui même tout les contraires :
faiblesse - force
rigidité - souplesse
rétentivité - générosité
violence - douceur
agressivité - accueil
folie - sagesse
bêtise - intelligence
froideur - amour
etc.
Ce que l'on ne saurait voir en soi; car non inscrit dans le désir
des grands Autres à qui il s'agit de plaire pour être
valorisé et aimé; est projeté.
Je ne saurais être agressif et rigide, c'est forcément
l'Autre, cet adversaire à combattre qui est le porteur de ce
que je considère comme des défauts inpensables pour
moi.
L'Aïkido va renseigner le pratiquant sur le lieu même où
dans son corps, ses émotions, sa pensée il se trouve
bloqué, rigide et donc dès lors fragile.
Là où "ça" bloque avec le partenaire
dans mon corps, dans mes relations, dans mes échanges, c'est
"là" où moi je suis bloqué.
Le partenaire est souvent ce porte manteau que je revêts de
mon propre manteau.
Lorsque je prétends : "celui-ci est comme cela",
je ne me rends pas encore compte combien en fait je parle de moi,
dans ce côté obscur que je ne saurais voir et que bien
sûr j'exècre.
L'Aïkido a pour fonction d'opérer ce retrait des projections
dans une optique de réintégration de ce côté
obscur.
Notre éducation nous pousse à confondre le beau et le
bien, nous amenant à ne pouvoir retenir que la part jugée
valorisante de nous mêmes et à refouler celle constituée
par les aspect contraires de ce que nous estimons être des qualités.
Chacun d'entre nous désire être le prince ou la princesse
et ne saurait concevoir qu'il est aussi le dragon, personne ne désire
embrasser le crapaud ou réinviter Carabosse. Or justement c'est
la contention de ce refoulé qui lui donne tant de puissance
négative.
L'attitude la plus juste devient alors celle qui consiste en le fait
de réinviter, pour un réexamen, ces faces obscures,
tant décriées et méprisées de nous même.
Mettre de la lumière dans ces ténèbres, c'est
à dire prendre conscience du REJETÉ qui souffre et se
bat comme un beau DIABLE devient la tâche du pratiquant dans
son cheminement.
DIABOLÒN, signifie jeté par deux, dualité, séparation.
Ce qui en nous a été rejeté, constitue le lit
de notre violence, de notre négativité, de notre conflictualité.
Voilà pourquoi paradoxalement cet art martial est un OEUVRE
de pacification.
Le "Dragon" du conte de fée ou la "Carabosse"
réinvitées peuvent, apaisés, devenir vos meilleurs
soutiens et compagnons.
S'ouvre alors une nouvelle dimension qui fait retour à l'Est
symbolique, le pratiquant de haut niveau traverse la Mer Rouge des
émotions contraires et les harmonise. Entre les deux triangles
NOIR et BLANC il est ceint d'une ceinture ROUGE. Il a alors soif de
faire partager ses découvertes en enseignant le goût
des fruits de sa quête.
Au delà s'ouvre la porte vers l'Est, le pratiquant porte le
HAKAMA BLANC, il a acquis la capacité d'absorber et en même
temps de réfléchir toute la lumière. Il a totalement
fait la lumière sur ces propres déséquilibres
et les a rétablis. Il a réussi la conjonction des opposés
en lui et avec ceux qui l'entourent. C'est la réalisation;
RÉ-EL : la lumière manifestée du Soi dans sa
complétude.
Des hommes, des regroupements
A beaucoup cette diatribe sur la symbolique du dojo paraîtra
très HERMÉTIQUE et éloignée de leur conception
de la discipline martiale; toutefois il est judicieux de faire partager
des concepts que le temps relatif d'un cheminement personnel a permis
de forger.
En effet beaucoup d'entre nous errent dans la quête parce qu'ils
n'ont pas encore accédé au sens de cette notion qu'est
le retrait de la projection. Ils situent encore dans la victoire du
beau sur le laid, du bien sur le mal, leurs efforts, sans voir qu'en
eux même cette problématique se situe.
Beaucoup de conflits de personnes, parfois, entre de hauts gradés
s'alimentent de cette part rejetée et par trop combattue et
dès lors renforcée qui est projetée sur l'Autre;
lequel devient l'ennemi haïssable.
Ce que je reproche à l'autre est ce que je ne saurais voir
en moi, sous les yeux de ces grands Autres qui m'ont servi d'objets
d'identification.
L'inquiet est à l'étroit en regard
des Dieux qui l'originent.
L'un qui est est allé trois en regard des
dits eux qui l'originent.
Cette part rejetée du Moi, constituée de tout ce que
l'on m'a conditionné à ne pas apprécier, à
refouler, à considérer comme mauvais, laid et intolérable
est à réinviter, à réexaminer à
la lumière d'une nouvelle sagesse. Alors le combat cesse faute
de combattants, car il n'y a plus de raison de continuer à
projeter, il y a à ré accueillir, à réapprécier,
à se réjouir, à aimer et partager.
Beaucoup désireraient regrouper autour d'eux ceux qui penseraient,
ressentiraient, agiraient comme eux, pour mieux ensemble se renforcer
par rapport à tous les Autres jugés négativement
ou trop neutres.
Cette conception bien compréhensible ne constituerait aucunement
un mode de progrès.
On ne s'enrichit que de la différence et non de l'identité.
Vouloir que tout le monde pratique la même technique, dans le
même esprit, dans l'orthodoxie la plus stricte est une HÉRÉSIE
en regard de l'ouverture du message du maître fondateur O Senseï
Morihei UESHIBA.
Existe t'il deux arbres, même de la même espèce
qui poussent de la même façon ? S'il existe tant de diversité,
n'est ce pas pour que la même lumière ait une multitude
de reflets.
Voilà pourquoi l'anneau Unique qui les lierait tous (l'idéal
collectif univoque) est à rejeter au feu du délire de
ceux qui le conçoivent. Il n'y a pas un AÏKIDO orthodoxe
et des hérétiques. Il y a l'AÏKIDO et la multiplicité
de ses formes.
C'est la diversité qui pérennise la vie et permet son
évolution.
Vouloir rigidifier un système c'est le condamner à disparaître.
Et puisque le sujet est à la mode, n'oublions pas qu'à
la fin du Secondaire, ce ne sont pas les plus gros, ni les plus forts
qui sont restés.
Laissons donc là les polémiques de prévalence
et d'hégémonie qui n'ont rien à voir avec le
message de Morihei UESHIBA. Je parle ici bien sûr (pour ceux
qui ont des oreilles) des querelles fédérales et interfédérales.
Une fois pour toutes : Un est l'AÏKIDO multiples sont ses formes
comme multiples sont ses (prophètes) enseignants.
C'est là sa vitalité, sa générosité,
sa richesse.
Pensons et agissons par nous mêmes, soyons adultes dans nos
choix.
Pierre MANSART |
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| Last
update
8 mai, 2012 |
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